L'Abolition

Publié le par Fred

Centrale de Clairvaux, 1971. Une prise d'otages, deux détenus, Buffet et Bontems retiennent un gardien de prison et l'infirmière de la Prison, en guise de viatique vers l'évasion. L'assaut. Le Meurtre .
Dans un climat de haine et de violence indescriptible, eu égard à l'atrocité du crime et à la jeunesse des victimes, tous deux jeunes parents, l'avocat Robert Badinter, civiliste spécialiste des droits d'auteur et professeur de droit à Amiens, accepte de défendre Roger Bontems, un des deux détenus auteurs de la prise d'otages.

Ancien sergent de l'armée en déshérence après son départ pour cause d'invalidité, ce fils des paysans des Vosges, qui n'a jamais eu l'occasion de rendre fier ses parents, nie avoir tué l'infirmière. Buffet, personnage mortifère et sinistre l'accable, désireux qu'il est de l'entraîner dans la mort avec lui. Badinter va essayer de convaincre le jury que son client n'a pas de sang sur les mains, pour lui épargner la peine, capitale en ce temps là.

C'est que dans la France des années 70, la guillotine fonctionne encore. POur des crimes de sang, des crimes horribles, mais par la grace de jurés dits populaires, à la conviction souvent enracinée (63 % de la population est alors pour la peine de mort ), pour peu que certains magistrats partiaux et convaincus ne parviennent à conforter leurs préjugés. A  cette époque, Parick Dils, Omar Raddad, Jean-Louis Turquin et bien d'autres auraient certainement vus leur chef décollé.

Le procès s'ouvre donc dans une ambiance passionnelle et haineuse, les accusés, mais également les avocats essuyant lazzis et insultes. Malgré tout son talent, malgré le doute que Badinter parvient à faire naître chez le jury, malgré des risques pris, en invoquant au procès des actes illégaux,  Bontems est condamné à mort.

Le pourvoi en cassation est rejeté, la grâce refusée.

Malgré l'adage en forme d'axiome " On ne tue pas un homme qui n'a pas tué" , répété comme une antienne rassurante au détenu, Bontems est décapité.

Badinter se battra alors, d'abord dans les urnes, pour éviter la mort à l'assassin d'enfants Patrick Henry (lequel, d'après les dires de l'avocat, se trouvait dans la foule qui conspuait Buffet et Bontems), puis à l'Assemblée nationale, à la suite de l'élection présidentielle de François Mitterrand (grande et seule, peut-être, gloire du mandat du président socialiste) et dans un climat passionné où les réactionnaires de la droite d'alors s'opposaient parfois aux jeunes loups du RPR, les abolitionnistes  Séguin, Chirac, et un tout jeune député nommé François Fillon . link

L'histoire a été racontée par Badinter lui-même dans deux ouvrages "L'exécution " et "L'abolition", lesquels ont été adaptés dans des téléfilms diffusé hier sur France 2. On y voit un Charles Berling habité incarner au sens propre du terme l'avocat Badinter, dans un film digne, sobre et poignant . Tout le reste de la distribution est à l'avenant, avec une mention spéciale à l'acteur qui interpréte Roger Bontems .....

C'était il y a 30 ans, en France, c'était il y a un siècle .....

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