Sans coeur ?
Je voulais juste partager avec mes lecteurs cette histoire, qui, lue d'abord dans mon quotidien régional , puis sur le site Internet de l'autre quotidien ayant relayée l'affaire, cette fable moderne sur l'évolution de nos services publics et la perte d'une certaine humanité...
Digne de Hector Malot, ce fait divers m'a tout simplement fait pleurer ....
eudi 6 mars 2008
courrier à sa maman disparue
Elle écrit au ciel, la lettre revient taxée
Une lettre envoyée par la Poste, au Ciel, à sa mère, est revenue à son expéditeur, une adolescente. avec une taxe de 1,35 euro à payer.
Anaïs a presque quatorze ans. Faut-il ajouter qu'à cet âge-là on est encore souvent une petite fille ?
Elle a eu la douleur de perdre sa mère il y a tout juste deux ans. De ne pas avoir de père non plus pour s'occuper d'elle, et d'être séparée de son petit frère. Et même si elle retrouve peu à peu son équilibre dans une famille d'accueil chaleureuse, quelque part dans le Châtillonnais, il lui arrive souvent de pleurer le soir.
Le 22 février dernier, c'était l'anniversaire de la disparition de la mère. Deux ans déjà et une douleur qui n'en finit pas de la submerger. Anaïs tente de survivre. En parlant, parfois. En écrivant, beaucoup.
L'autre jour elle discutait avec Aurore, 17 ans, avec qui elle vit, dans sa famille d'accueil. Et celle-ci a eu l'idée tendre, originale : « pourquoi ne pas lui envoyer une lettre, à ta mère ? »
Bien sûr, Anaïs a presque quatorze ans et elle sait bien que ses mots, Virginie ne pourra hélas pas les lire. Mais l'absence est si lourde à porter. Alors elle l'a écrite, sa lettre. Comme on écrit au Père Noël. Un message d'amour lancé comme une bouteille à la mer.
Et elle l'a jeté dans une boîte aux lettres de la Poste, adressée au nom et prénom de sa mère « rue du Paradis, au Ciel », là où sont réfugiées toutes les mamans disparues trop tôt.
Hélas, la Poste est une administration efficace. Et la ville de Ciel existe, en Saône-et-Loire (71350), même s'il n'y a pas là de rue du Paradis.
L'enveloppe est donc revenue deux jours plus tard au domicile de la famille d'accueil portant la mention « N'habite pas à l'adresse indiquée » ; et le préposé a réclamé 1,35 € de taxe, puisque la lettre n'avait pas été timbrée.
« Je lui ai demandé si les mots humanité et compassion voulaient dire quelque chose », explique Martine, qui accueille Anaïs. Elle regrette, sans agressivité : « pourquoi n'ont-ils pas gardé cette lettre ? On n'en parlait plus et puis voilà. »
Mais la lettre ne portait pas de timbre, et il fallait payer 1,35 € de taxe.
« On a beau dire que c'est l'administration », dit encore Martine, « ce n'est quand même pas seulement des machines à distribuer. On est fort déçu. »
« Effectivement » dit-elle encore, « sur leur front, il y a écrit La Poste, et non œuvre de bienfaisance, je l'avais oublié. Je suis très naïve, c'est sûr. »
J.R.
Digne de Hector Malot, ce fait divers m'a tout simplement fait pleurer ....
eudi 6 mars 2008
courrier à sa maman disparue
Elle écrit au ciel, la lettre revient taxée
| |
Anaïs a presque quatorze ans. Faut-il ajouter qu'à cet âge-là on est encore souvent une petite fille ?
Elle a eu la douleur de perdre sa mère il y a tout juste deux ans. De ne pas avoir de père non plus pour s'occuper d'elle, et d'être séparée de son petit frère. Et même si elle retrouve peu à peu son équilibre dans une famille d'accueil chaleureuse, quelque part dans le Châtillonnais, il lui arrive souvent de pleurer le soir.
Le 22 février dernier, c'était l'anniversaire de la disparition de la mère. Deux ans déjà et une douleur qui n'en finit pas de la submerger. Anaïs tente de survivre. En parlant, parfois. En écrivant, beaucoup.
L'autre jour elle discutait avec Aurore, 17 ans, avec qui elle vit, dans sa famille d'accueil. Et celle-ci a eu l'idée tendre, originale : « pourquoi ne pas lui envoyer une lettre, à ta mère ? »
Bien sûr, Anaïs a presque quatorze ans et elle sait bien que ses mots, Virginie ne pourra hélas pas les lire. Mais l'absence est si lourde à porter. Alors elle l'a écrite, sa lettre. Comme on écrit au Père Noël. Un message d'amour lancé comme une bouteille à la mer.
Et elle l'a jeté dans une boîte aux lettres de la Poste, adressée au nom et prénom de sa mère « rue du Paradis, au Ciel », là où sont réfugiées toutes les mamans disparues trop tôt.
Hélas, la Poste est une administration efficace. Et la ville de Ciel existe, en Saône-et-Loire (71350), même s'il n'y a pas là de rue du Paradis.
L'enveloppe est donc revenue deux jours plus tard au domicile de la famille d'accueil portant la mention « N'habite pas à l'adresse indiquée » ; et le préposé a réclamé 1,35 € de taxe, puisque la lettre n'avait pas été timbrée.
« Je lui ai demandé si les mots humanité et compassion voulaient dire quelque chose », explique Martine, qui accueille Anaïs. Elle regrette, sans agressivité : « pourquoi n'ont-ils pas gardé cette lettre ? On n'en parlait plus et puis voilà. »
Mais la lettre ne portait pas de timbre, et il fallait payer 1,35 € de taxe.
« On a beau dire que c'est l'administration », dit encore Martine, « ce n'est quand même pas seulement des machines à distribuer. On est fort déçu. »
« Effectivement » dit-elle encore, « sur leur front, il y a écrit La Poste, et non œuvre de bienfaisance, je l'avais oublié. Je suis très naïve, c'est sûr. »
J.R.
Publicité