Pour l'éternité
Ce matin, alors que je prenais mon petit déjeuner, halte passagère au milieu du maelström matinal, j’ai été touché par l’hommage rendu par l’excellent animateur de la tranche 7-9 de France Inter, Nicolas DEMORAND (dont la qualité des entretiens et l’ouverture d’esprit tient certainement au fait qu’il n’est pas issu d’une école de journalisme mais agrégé de lettres) au philosophe André GORZ.
Je ne connaissais pas du tout cet écrivain, cofondateur du « Nouvel Observateur » et un des premiers théoriciens de l’écologie politique mais les circonstances de sa mort m’ont ému.
André Gorz s’est suicidé, après avoir tué son épouse, Dorine, qui se mourait d’une maladie grave et, je crois, dégénérative…
Après presque soixante ans de vie commune et de passion (alors qu’un mariage sur trois se termine de nos jours par un divorce), de combats et de luttes, une histoire d’amour d’une telle beauté ne pouvait, il me semble, que se terminer de cette façon. Partir à deux, pour que celui qui reste ne se « retrouve en enfer » n’est ce pas le désir secret des grandes histoires d’amour, des Vieux de Jacques Brel, d’Ariane et de Solal de « Belle du Seigneur » ?
Je ne résiste d’ailleurs pas à vous citer la première phrase de l’ultime livre d’André Gorz, « Lettre à D.. » , comme l’a fait ce matin l’animateur matutinal :
" Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t'aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien. "
Cette anecdote m’amène une autre remarque : échapper pour quelques minutes au brouhaha quotidien de l’actualité du monde, entre révolte birmane et rodomontades de président iranien, vraie-fausse crise à l’Olympique de Marseille et omniprésence du Président (y compris dans la fiction du mardi soir), n’est-ce pas là aussi le rôle et la mission d’une radio, surtout de service public ?