Société ou communauté
Un des concepts socio-politiques issus des années glorieuses de la pensée austro-hongroise que je préfére est bien cette dissociation entre la Communauté ( en allemand "Gemeinschaft") et la Société ( "Gesellschaft").
Je ne sais plus guère qui en est l'auteur, ni même si j'ai absolument tout compris mais mon analyse est la suivante :
La communauté représente un microcosme fermé, très solidaire certes entre ses membres pour peu qu'ils soient acceptés, mais rétif à tout nouveau venu : c'est celui du "Rapport de Brodeck" de Philippe Claudel, celui des villages montagnards et campagnards (j'ai plein d'exemples en tête), c'est celui du "Piège nuptial " de Douglas Kennedy ou du village suédois de "La Chorale du Bonheur". Dans ce cas; l'homme est une composante essentielle de la communauté, laquelle exerce son influence sur lui.
Autant dire que cette communauté représente l'archétype d'une société un peu réactionnaire et repliée sur elle-même.
Elle s'oppose à la Société, celle de la Ville où les rapports humains sont certes moins nombreux, où l'individu se perd dans l'anonymat, dans la foule; une foule forcément plus ouverte car plus indifférente.
En gros, après un XIXème siècle rural et grégaire, règne de la Gemeinschaft, la Révolution industrielle et l'exode rural ont, du moins en Occident, favorisé le triomphe de la Société .
Sauf que, il me semble que dans notre monde post-moderne, un retour vers la "Gemeinschaft" s'amorce: la communauté n'est désormais plus regroupée géographiquement dans un village, mais est plus structurelle, regroupant de par le monde des individus partageant bon nombre de particularités : la communauté peut être religieuse, bien sur, mais elle peut regrouper des adeptes de la même hygiène de vie (la communauté écolo ou bio); de la même orientation sexuelle ou qui partagent les mêmes goûts, les mêmes souvenirs, les mêmes amis . A ce titre, les réseaux sociaux sont la quintessence de la "Gemeinschaft" en version 2.0...
Fait encore plus grave, l'action politique et économique s'adapte à ce qui semble être un refus de l'universalité: les produits sont segmentants, les programmes TV aussi (il n'est qu'à voir les spots publicitaires coupant des émissions pour distinguer le coeur de cible) et bien sur désormais les décisions politiques ....
C'est bien ainsi à une sorte de régression intellectuelle que nous observons, bien loin de l'universalisme républicain ...