Service national
Une émission de télévision diffusée sur le service public rendait hommage, il y a peu, au service militaire, appelé ultérieurement service national, avant de disparaître corps et biens au cœur des années Chirac.
Les témoignages qui illustraient ce bref historique, forcément tous masculins, oscillaient entre nostalgie et franche hostilité, hommage à une jeunesse envolée ou évocation d’anciens combattants.
Le service, c’était au choix soit des mois de beuverie, de franche camaraderie et de découvertes parfois exotiques pour des jeunes ruraux, soit une période infernale de brimades, humiliations, révoltes et jours d’arrêts.
Seul représentant de ma génération à avoir effectivement fait mon service ; mes souvenirs sont des plus mitigés, avec une dominante plus positive que négative, plus bleu pastel que noir .
Les souvenirs sont plutôt confus et me reviennent par strate : la première journée et la première nuit passée au Centre de sélection, dans l’automne lorrain ; le courrier d’affectation m’envoyant au régiment de Livraison par air et ma joie de courte durée –je pensais intégrer l’armée de l’Air, je me suis retrouvé chez les paras, avant d’atterrir au Centre d’entraînement Commandos, moi qui étais inapte TAP (c'est-à-dire troupes aéroportées) – mes classes dans le froid glacial de Metz, les premiers coups de rasoir, la première sortie « terrain » à dormir dans un trou de combat par moins 2 ° C, mais aussi la fin de la période d’instruction consacrée à peindre, tapisser et embellir des chambrées d’appelés.
J’ai aussi un souvenir ému de notre arrivée dans la nuit, du « bizutage » somme toute très anodin, des gardes (où nous esquivions sans vergogne, en poinçonnant les quatre croix, synonyme chacune de visite dans un point précis ) et des levers aux couleurs.
Qu’on ne s’y trompe pas, les appelés que nous étions, plus que de véritables bêtes de guerre prêtes au combat, étaient plutôt considérés comme de la main d’œuvre bon marché : nombre d’entre nous se sont ainsi retrouvés standardiste, serveur au mess, magasinier ou chauffeur PL, voire secrétaire du chef de corps. C’est aussi pour cela que la majorité d’entre nous ont fini au moins 1er classe, les plus chanceux (mais non les plus compétents : j’étais nul au tir, très mauvais en défilé, mes rangers ne brillaient guère et j’étais rapidement essouflé : j’ai terminé caporal chef avec la médaille du bon soldat) pouvant monter en grade ….
Peu de nuits chaudes et arrosées, mais j’avais le double privilège de posséder une voiture et d’être cantonné à moins de 100 km de chez mes parents, ce qui me permettait d’une part de rentrer parfois dormir à la maison mais aussi de servir de guide et de chauffeur à mes collègues, lesquelles, en contrepartie, me payaient l’entrée en boîte
Depuis ces glorieuses années, le service n’est plus, et le centre d’entrainement qui servait de théâtre à nos glorieux exploits est désormais fermé et transformé en parc d’attractions ou en base de vol à voile .
Seules les méandres du souvenir, quelques photos, un ou deux galons subsistent dans une boîte et dans ma mémoire …