Mur de Larmes

Publié le par Fred

Le monde entier, des journalistes et des politiques, des simples citoyens et des militants, célèbrent comme il se doit, le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, et par là même la  fin du communisme, à défaut de celle de l'Histoire.

Documentaires, numéros spéciaux, hors-série, sans oublier une journée compléte passée à Berlin sur les ondes de Radio France, tous les médias y vont de leur séquence "nostalgie", de leurs témoignages inédits, de leurs visites de Berlin...

Pour moi, au delà de l'aspect purement géopolitique de la chute du mur, ce 09 novembre 1989 restera à jamais gravé dans ma mémoire, et le simple fait de voir et revoir la liesse de ces allemandes venus humer l'air de la liberté de l'autre côté me tire inévitablement des larmes.

Larmes en raison du contexte : fin de la tyrannie, possibilité pour les familles déchirées, les couples détruits, de rattraper, autant que faire se peut, les dégâts de l'histoire; évocation émue des martyrs du mur, admiration muette pour les héros anonymes qui y ont contribué, les pasteurs de Gethsemanikirche et Sankt Niklaus, les garde frontières qui n'ont pas tiré, les manifestants de Leipzig...

Je me souviens de tout : des premiers craquelements du rideau de fer en Pologne, puis en Hongrie, avant la phrase malheureuse de l'oublié Schabowski, de la joie des Hommes avec la coiffure de l'époque, la fameuse Vokahula, de leurs femmes en doudounes hors modes; des accueils de leur homologue d'outre-mur.

Mais la chute du  Mur de Berlin, c'est aussi mon ouverture au monde, quelque chose de ma construction intellectuelle et intime : mon envie profonde de partir explorer les rivages de cette Europe Orientale que l'on confondait dans le même glacis, ce fut le début de ma passion pour l'écriture, avec les premiers mots posés sur des cahiers que j'appellerait "journaux intimes"; quelques (mauvais) poèmes aussi, l'illusion aussi d'être témoin de l'Histoire, laquelle allait d'ailleurs se poursuivre avec la Révolution de Velours et le coup d'état Roumain, le retour à la démocratie en Pologne, Hongrie, dans les Carpates; puis ce sera la Guerre en Yougoslavie, Maastricht et la réunification, sans oublier le coup d'état soviétique de 1990 avec ses pieds nickelés branguignols et la naissance de la CEI...

En plus de particulièrement inspirer les professeurs d'allemands de l'université, université où je commencerais mes études dès l'été suivant, et de fournir nombre de sujets d'analyse et de commentaire sur les différences entre Wessis et Ossis, sur la difficile adaptation des anciens allemands de l'ESt à la démocratie à l'occidentale et le capitalisme, certes rhénan, cette chute et les événements qui en découleront donneront des idées à une nouvelle génération du cinéma allemand, qui, loin des kitscheries à la Sissi ou des polars animaliers à la Rex, réalisera ces deux chefs d'oeuvre du cinéma des années 2000 que sont "Good bye Lenin" et "La Vie des Autres" .

Oui, que ce 09 novembre fut riche en larmes, émotions, rires et espoirs rapidement déçus...



 





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Publié dans Du ressort de l'intime

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P
<br /> et c'est perso un des premiers événements politiques marquants dont je me souviens (la Roumanie arriva vite derrière)<br /> <br /> <br />
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F
<br /> Oui, mais la Roumanie, avec déjà l'emballement médiatique, s'avéra être une jolie manipulation  !!!<br /> <br /> <br />
P
<br /> en 1989, tu n'étais (déjà) plus léotardien, pas encore écologiste, socialiste ou centriste ... mais tu débutais ta<br /> passion pour les pays de l'Est...<br /> <br /> <br />
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F
<br /> c'est bien une des seules choses qui m'est restées !<br /> <br /> <br />