Lumpenprolétariat

Publié le par Fred

Dans  " Le quai de Ouistreham " , la journaliste Florence Aubenas se transforme (à peine), mais en conservant son identité et son apparence, en quinquagénaire à la recherche d'un emploi après une séparation douloureuse..

 

C'est alors un voyage au coeur de la précarité et  des affres du métier, notamment, de femme de ménage, d'agent d'entretien, de technicienne de surface .... Tant de vocables différentes pour la même réalité

 

A elle les attentes longues et vaines au Salon de l'emploi et dans les agences d'Intérim (il est vrai que le personnage créé n'est guère "employable"), face à  l'impuissance désabusée des conseillers de "Pôle Emploi" ou des entreprises d'insertion, la voilà parmi les autres à compter toutes les dépenses, à espérer que la voiture, le viatique  suprême ne tombe pas en panne, à arpenter les supermarchés ou les jardineries les après-midi dominicales pour rêver à ce qu'elle ne  peut désormais s'offrir que de loin en loin.

 

Le CDI est alors le rêve ultime, et le pavillon en meulière, l'inaccessible étoile.

 

Puis ce sont les journées de travail, hachées, découpées entre deux remplacements de quelques heures; la servilité des employeurs face aux donneurs d'ordre, la hargne des petits chefs, les conflits incessants et les moments partagés,  et aussi l'indifférence des employés des sociétés où les femmes de ménage interviennent (quand ce n'est pas le mépris, les consignes données via des post-its déposés sur un bureau ...)

 

Auparavant, il y avait une certaine classe ouvrière, dont l'aristocratie était constituée des cheminots, des métallos, des mineurs.

 

Désormais, dans notre société tertiarisée, post-industrielle, il n'y a plus guère d'aristocratie ( fonctionnaires mis à part, mais souvent à leur corps défendant), le nouveau tiers-état est femme de ménage ou téléconseiller, pigiste ou caissière, soumis à la dictature des  horaires et la pression des objectifs, déshumanisé (car si tu refuses, un autre prend ta place, sans remords ni regret; il y en a tant qui attendent), précarisé, espérant tous  le même graal : le contrat à durée indéterminée....

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Publié dans Politique

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