Edition Plomb
Les fidèles amateurs des Inconnus auront bien entendu, tout de suite, compris à quel ouvrage je vais faire allusion, à quel monument de la littérature mondiale je me suis attaqué: « Guerre et Paix « de Tolstoï, soit plus de 1500 pages de batailles, d'intrigues sentimentales et de descriptions de la haute société russe du début du XIXème siècle .
Le style y est épique, lorsqu'on atteint les grands champs de batailles des guerres napoléoniennes, de Tilsitt à Austerlitz, de la conquête de Vienne à la Retraite de Russie . Les relations ambigües entre la France Impériale et ses ennemis royaux, mélange d'admiration et d'exaspération y apparaissent au grand jour, fabriquant le mythe d'une « Grande Nation », une France arrogante et aventureuse, épidermique et versatile .
Il est plus langoureux, plus sentimental lorsque l'auteur narre les aventures amoureuses du Prince André et de la belle et passionnée Natacha, de Pierre Bezoukohv ou de son intrigante épouse Hélène.
On se croirait alors dans l'univers d'Eugene Oneguine, autre grand amoureux russe, autre grand hésitant, entre une valse endiablée et les cours de français (alors Langue de l'Europe lettrée ) d'un Monsieur Riquet ou de Mademoiselle Bourienne, en français dans le texte s'il vous plaît.
Espèce de « Misérables « à la sauce russe, l'ouvrage est total : épopée et récit sentimental, description acérée de l'aristocratie de l'époque, plaidoyer pour l'affranchissement des serfs et les grandes réformes sociales .
S' y confronter, c'est comme oser l'ascension du Galibier ou des « Bienveillantes « : des efforts, de l'obstination et de la patience, de la joie, aussi: comparable à celle du cycliste qui atteint la cîme du col, c'est cette fois le sommet de la littérature que l'on appréhende .....