A ma fille ( deuxième du nom)
Tu es arrivée un matin de printemps, petite chose fragile mais déjà volontaire, ignorante de tout mais pourtant attentive.
Tu es arrivée, dans ce nouveau monde un peu froid, aux lumières agressives et à l’odeur étrange, bien loin du doux cocon qui t’a accueilli, de long mois durant…
Tu l’as d’abord reconnu à sa voix, douce et mélodieuse, la musique de l’amour et de la tendresse ; elle t’a pris tout contre elle, et tes premières furtives angoisses ont rapidement disparu, comme envolées par le vent.
Dans ce tourbillon de nouvelles saveurs et de bruits inconnus, tu appris vite à te repérer : cela, c’était la douceur de ta mère ou la scrupuleuse nervosité de ton papa, l’affectueuse étreinte de ta grande sœur ou les gestes, doux mais impersonnels des infirmières.
Très vite, tu as quitté ton univers blanc et aseptisé pour un autre paysage, les couleurs pastel et le chant des grillons, le ronronnement des tondeuses et les couchers de soleil.
C’est ici, entouré de ta garde rapprochée, que tu découvris plus encore ton royaume, entre arbres généalogiques et maisons de familles, entre secrets d’enfance et légende des siècles.
Ton cercle s’ouvrit rapidement au reste de la famille : grands-parents comblés, oncles hâbleurs ou intimidés, cousines au couleur de soleil et kyrielles de doudous.
Et il te reste encore tant de choses à découvrir, d’histoires à te narrer, depuis celle de ton prénom jusque aux hauts faits familiaux ; épopées polonaises ou exils autrichiens, vacances italiennes et désespoir lyonnais ; tant de personnes, amis de la famille ou parents éloignés, à rencontrer, tant de musique et de mots à écouter, de chemins et de pas à parcourir.
Tu as tout le temps pour cela, petite Aléna.
Tu as toute la vie …