La maison de famille

On y vit en dehors du temps.

La journée est seulement rythmée par le doux murmure de la fontaine, ou le ronflement assourdi des trains, T.G.V. ou tortillards qui filent et se poursuivent, là-haut sur le talus. Porter une montre serait ici une hérésie, une atteinte à l’imprescriptible droit au repos. Seule l’horloge se fait entendre pour sonner l’heure du départ ou celle du déjeuner.

On y vit en dehors du temps et le temps nous le rend bien.

Parfois, on retrouve des photos, des jouets, babioles d’existence et puits à souvenirs : les petits animaux en plastique ou les poupées Barbie(qu’elles nous paraissent loin, alors, ces années de jeu, d’enfance, de caprices puérils et de petits bobos, de berceuses consolatrices ou de grandes colères !), des boules de pétanque, mais aussi un solex, un tamis et un seau ou des vieux cubes décolorés.

Tout est dérisoire dans cette caverne d’Ali Baba de la mémoire, et tout y est pourtant important : l’émotion naît d’un rien, d’une enfance oubliée ou d’un bonheur endormi.

La maison de famille, c’est aussi le jardin d’odeurs et de couleurs, le goût des haricots verts frais, de la rhubarbe ou des tomates fondantes et charnues ; c’est le parfum du pot-au-feu marié à celui du géranium, la fraîcheur du pastis et la chaleur d’un gratin, forcément dauphinois.

Ce qui fait aussi le charme de cette maison de famille, c’est l’accueil qu’on y reçoit.

En été, l’habitué des lieux ou le visiteur de passage peut siroter un jus de fruit ou une bière à l’ombre des tilleuls et profiter des plaisanteries du papi ou de l’oreille attentive de la grand-mère.

La maison de famille, c’est enfin le bruit du plancher qui craque, ce sont de grandes tablées et des parties effrénées de football ou de belote ; ce sont enfin les courses au village voisin, le sourire de la boulangère, du boucher, témoin habituel du bonheur d’être grand-parents.

La maison de famille a le charme éphémère de l’été, la chaleur dominicale de l’automne et la timide effervescence du printemps après un long hiver glacé…

On y naît, on en part, on s’y marie, on y meurt, on y revient, on s’en retourne.

On y habite même, parfois.
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