Ville émiettée

Publié le par Fred

Bien intéressant, et éclairant ouvrage que  celui d'Eric Charmes, "La ville émiettée, ou essai sur la clubbisation des villes" .

 

La thèse ici développée est celle que, la périurbanisation, c'est à dire l'extension de la ville, de façon discontinue, bien au delà des seules métropoles, est née, d'une part, par les attentes de certains ménages de quitter la ville pour rejoindre la vie rêvée des champs, d'autre part, de la volonté politique des communes d'accueil, dont les édiles et les élites, étant souvent eux-même propriétaires fonciers ou agriculteurs sur le point de décrocher, ont ainsi vu le moyen de valoriser leur patrimoine. Une fois le processus enclenché, et achevé, le pouvoir et l'influence sont ensuite, insidieusement, transmis à ces nouveaux rurbains, dont le souhait le plus proche, quant à eux, est de freiner l'urbanisation, pour rester entre soi, dans la logique dite du "dernier arrivé" . Ainsi, certaines de ces communes fonctionneraient comme des clubs, ou des cercles à l'usage restreint et aux difficultés d'insertion, voire d'accès pour les habitants ne correspondant au public "visé".

 

C'est bien entendu  un résumé schématique car Eric Charmes insiste sur la diversité des communes périurbaines, entre anciens bourgs centres et communes exclusivement résidentielles, aux stratégies des habitants et des élus  également diverses .

 

Il y est également question du "panier de biens" qui selon la logique libérale et libertarienne assimile les services municipaux et publics à d'autres services, notamment marchands, ce qui implique une mutation profonde des citoyens, acteurs de la vie publique, en consomm'acteurs, dont l'hypothèse la plus ultime est celle du  vote avec les pieds, c'est à dire les déménagements vers les contrées les  plus vertes, ou les territoires correspondant le plus aux désirs des rurbains, induisant ainsi une  nouvelle ségrégégation, une nouvelle sélection.

 

L'intercommunalité, qui pourrait par ailleurs compenser les déséquilibres, se révélerait également inopérante, car les communes auraient la tentation soit de s'unifier pour résoudre des problèmatiques purement techniques (eau, électrification, déchets) soit de s'unir entre eux à travers une "endogamie territoriale", fort répandue dans la petite  et grande  couronne francilienne...

 

Un ouvrage des plus actuels donc, et finalement malgré tout assez optimiste, car le dernier chapitre démontre que, malgré ces tentations, l'exception française fait naitre de nouvelles solidarités, de nouvelles interactions.

Publié dans choses lues

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