L'animateur et le DGS

Publié le par Fred

Ces deux-là sont bien différents, si différents qu’aux yeux du premier, le second apparaît comme un ennemi de classe, un suppôt de l’élu,à peine plus intéressant qu’un comptable, quand le second lève les yeux au ciel devant tant de lacunes en gestion, tant d’ « a peu près » administratif .

 

Ils portent tous les deux un uniforme : pour le premier, c’est jean, basket, bref c’est plutôt « sportswea » ; chez le second, si la cravate n’est pas forcément de mise, il sort rarement sans son pantalon à pinces et sa veste (sauf le vendredi, c’est « friday wear », il l’a vu dans la « Lettre »)

 

Ils ont tous les deux leur réseau, leurs affidés, leurs amitiés particulières : associations d’éducation populaire, MJC et clubs sportifs pour le premier, « partenaires « ; c’est-à-dire fournisseurs potentiels ou putatifs desquels le second ne rechigne pas parfois à accepter un humble cadeau ou une invitation à déjeuner, en guise de viatique ou en gage d’amitié.

 

Ce sont tous les deux, des pro-fes-sion-nels et à, ce titre, ils s’estiment seuls qualifiés pour intervenir dans leur champ de compétences -ce qui est la moindre des choses- mais aussi pour inventer la politique qui leur paraît la plus adéquate pour la commune -ce qui l’est déjà moins, oublieux qu’ils sont que comme la guerre pour les militaires, l’éducation est une chose bien trop sérieuse pour la confier à des spécialistes,

 

Ils se passeraient bien tous les deux des élus, le premier, autant par réflexe de survie que par méfiance intrinsèque, le second parce qu’il ne peut s’empêcher de les jauger avec quelque mépris ; ce qui ne lui interdit pas, par ailleurs, de franchir le pas si l’occasion lui est donnée.

 

Humanistes tous les deux dans l’âme, leur bienveillance s’arrête toutefois à la plèbe -agents d’entretien ou de restauration, balayeurs ou « petites mains ».

 

Ce sont, malgré et avant tout, de fervents défenseurs du service public, des acteurs de la gestion locale, n’en déplaise aux sarcasmes de leurs contempteurs, écrivaillonnes en quête de reconnaissance ou rédacteurs en chefs d’opuscules néolibéraux. 

Publié dans Essais littéraires

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